Parole d'expert : Jérémy Angonin, co-fondateur et TD LookDev de  Hocus Pocus

Jérémy AngoninDiplômé de Bellecour Ecole où il a également enseigné, Jérémy Angonin a travaillé pour différents studios en tant que CG artist. En 2013, il co-fonde Hocus Pocus, studio d’animation 3D basé à Lyon et spécialisé dans la réalisation d'images et d'effets spéciaux pour la télévision, le cinéma et les jeux vidéo.

Vous avez travaillé sur plusieurs projets primés comme le clip Magic de Mystery Skulls (1ère image) ou encore le court métrage Dryad de Thomas Vernay (2ème image). Les écoles françaises figurent régulièrement parmi les meilleures au monde.
Pensez-vous qu’il existe un « French savoir-faire » dans l’univers de l’image 3D ? 

Nous avons en effet la chance d’avoir de très bonnes écoles en France qui permettent de former des artistes et des techniciens de qualité. A mes yeux, le niveau global des écoles et des personnes qui en sortent est toujours plus qualitatif d’année en année, ce qui permet une intégration plus simple dans les studios. On voit également que le nombre d’artistes qui tentent l’aventure à l’étranger augmente, notamment au Canada où la demande est très forte, ce qui peut être un bon indicateur de la qualité de notre formation. C’est aussi pourquoi tous les acteurs de notre secteur doivent trouver les moyens de préserver ce savoir-faire pour limiter cette « fuite » des talents.     

Magic

Vous intervenez aujourd’hui sur le cinéma, la télévision et les jeux vidéo. Selon vous, lequel de ces marchés est amené à se développer le plus dans la décennie à venir en termes de besoin en images 3D ? 

Je vais sûrement être un peu critique sur cette question mais malheureusement la France affiche un certain retard dans les domaines du cinéma et de la télévision, en ce qui concernant l’utilisation de la 3D. Pour le cinéma, traditionnellement, on ne produit pas ou peu de blockbusters ou de films nécessitant énormément de 3D, et les rares personnes qui tentent leur chance se retrouvent souvent bloquées par manque d’intérêt des diffuseurs ou de moyens. Le cinéma d’animation tire malgré tout son épingle du jeu et on peut voir sur les dernières années que certains studios arrivent à sortir de super films. 
En ce qui concerne la télévision, outre la publicité, la demande me semble très faible, une fois de plus par tradition sûrement. Avec l’avènement des séries et des modèles comme ceux de Netflix, Amazon etc… on peut éventuellement espérer que cela pousse les choses dans le bon sens chez nous.
Pour ce qui est du secteur du jeux vidéo, nous avons toujours eu de très beaux studios en France qui sortent régulièrement de très bons jeux, que ce soit des studios AAA ou des studios indépendants, et la demande est toujours plus grande. Avec l’évolution des technologies (VR/AR) et de la qualité des consoles, je pense que le secteur à encore de beaux jours devant lui.

Stratum

L’enseignement que vous avez donné est-il différent de celui que vous avez reçu il y a plus de dix dans la même école ?  
Comment voyez-vous évoluer l’apprentissage de la 3D ?    

(Il y a plus de dix ans… Merci pour le coup de vieux 😊!) L’enseignement à forcement beaucoup évolué.  Aujourd’hui, les cours sont plus segmentés par spécialité et les intervenants sont souvent des experts dans leur matière, là ou il n’y avait qu’un cours appelé 3D dirigé par un généraliste (excellent bien évidemment) il y a dix ans.  Cette segmentation permet de découvrir plus rapidement les affinités que l’on peut avoir ou pas avec les différents métiers de la 3D et choisir une spécialisation dès la sortie de l’école. La grande différence se retrouve aussi dans l’employabilité et la demande. Avant, il était presque utopique d’espérer intégrer un « gros » studio et travailler sur un film dès la sortie de l’école. Aujourd’hui c’est devenu monnaie courante et il est beaucoup plus simple de trouver un emploi rapidement à la fin de son cursus. Enfin, et c’est ce que je répétais le plus à mes élèves, la qualité de l’école et de l’enseignement est importante, mais c’est surtout aux élèves de se donner les moyens de réussir. 

Pour aller plus loin : 

Mystery Skulls

Hublot

Stratum