Parole d'expert : Pierre Auriac, gérant associé de Néomonde

Depuis plus de 20 ans, Pierre Auriac met sa créativité au service de nombreux secteurs : publicité, industrie, architecture, cosmétique, musique, collectivités… Gérant-associé de Néomonde, il a travaillé pour des marques prestigieuses comme L’Oréal ou Ariane Espace mais également sur des projets ambitieux pour la Principauté de Monaco ou la grotte de Lascaux par exemple.

La polyvalence semble être le maître-mot de Néomonde. En quoi estimez-vous que cela soit une force? 

Au cours des années nous avons effectivement travaillé pour des domaines très variés. Tous ces domaines se nourrissent les uns les autres. Le temps passé à maîtriser un outil se trouve valorisé dans un autre champ d'application. Lorsque nous avons du réaliser une animation de particules pour le tableau final de la tournée de Calogero en 2015, notre expérience dans l'industrie a joué pour nous. De même l'année suivante, certaines images servant sur la tournée de Zaz ont été réalisées grâce à notre expérience en urbanisme et architecture pour ce qui concerne les techniques de rendu. Enfin, cette polyvalence empêche la lassitude après plus de 20 ans dans ce métier. Changer de domaine presque à chaque projet est une grande chance pour nous, jusqu'à aujourd’hui nous avons pu rencontrer des gens passionnant, toujours à la pointe de leur métier, et ayant besoin de visualiser leur projet avec ce qu'il y a de magique à voir, enfin, ce qu'on a imaginé durant des mois, voire des années, pour finalement le montrer aux autres. Car au delà de la technique ou du talent, notre métier c'est bien ça : montrer aux autres.     

Quel regard portez-vous sur l’évolution des images de synthèse, depuis plus de 20 ans que vous en créez ? 

Les débuts étaient compliqués car nous faisions beaucoup plus de pédagogie que de réalisations, et quand enfin nous arrivions à la concrétisation du projet, nous nous trouvions en  concurrence avec des graphistes capables d'emporter les marchés sans être capables de les réaliser de sorte que nous rencontrions des clients déjà dégoûtés de la 3D faute d'avoir         rencontré des entreprises fiables. Aujourd'hui l'intérêt pour les simulations 3D n'est plus à démontrer, la plupart des clients est convaincue avant de nous rencontrer. Il nous reste en       revanche à les éclairer sur ce qu'elles peuvent leur apporter dans leur projet spécifique. De son côté, le matériel a beaucoup évolué, je suis arrivé avec l'essor de la 3D sur PC quand il fallait auparavant de coûteuses stations graphiques. Ça m'a permis de ne pas prendre de trop gros risques en matière d'investissement. Ces derniers temps, l'un des gros changement pour notre structure à géométrie variable est l'accès aux fermes de rendus, qui fait que je ne me pose plus vraiment de question quant à la qualité ou à la longueur des animations à calculer, dans la mesure où je prévois systématiquement un budget ferme de rendu dans mes estimations, le temps de calcul n'influant quasiment plus sur le délai de réalisation des projets.

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un.e jeune infographiste qui chercherait à monter son agence aujourd’hui ?    

C'est comme pour faire un film. Un papier et un crayon, ou open office ne coûtent rien, et il faut commencer par écrire un bon scénario, prendre le temps de le faire, le refaire, de le peaufiner. Pour ce qui est de monter une agence, de se poser un maximum de questions, confronter les réponses à des personnes choisies pour leur bienveillance réaliste comme pour leur compétence. Pour au final être seul à décider. A qui s'adresse l'agence (clients), avec qui veut-on travailler (sous-traitants, collègues, employés), avec quels outils (softs, matériel, interne ou solution externalisée, achat ou location).
La liste est longue mais il est essentiel de prendre ce temps et de ne pas se jeter dans le bain parce qu'on a suivi une formation et qu'on a un bon PC.
Dans toutes ces questions, la primordiale est de savoir qui on est vraiment et dans quoi on est le plus à l'aise. Aujourd'hui les formations spécialisent beaucoup quand je me suis formé à quasiment tous les domaines. Il y en a bien sûr que je ne maîtrise pas mais je ne m'interdis rien, un jour peut-être j'aurai besoin de ces nouvelles compétences qu'il me faudra acquérir.
Il faut ensuite garder du temps pour la veille technologique, même quand on a le nez dans le guidon, tant sur les softs que sur le matériel pour ne pas s'enfermer dans des solutions obsolètes. Il faut donc être préparé à remettre en question ce que l'on sait et ce que l'on croit, tout en étant confiant sur ce que l'on vaut.
Et c'est pas tous les jours facile.:)

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